Walter Sickert. Peindre et transgresser.

C’est un artiste foncièrement méconnu du public français que le Petit Palais met en lumière jusqu’au 29 janvier 2023. Walter Sickert (1860 – 1942) est un artiste singulier, impossible à classer, aux sujets et à la technique qui peuvent autant intriguer que repousser. Né à Munich puis élevé en Angleterre, son père est danois et sa mère anglo-irlandaise. Un détail moins insignifiant qu’il n’y parait, car cet héritage particulier fait écho à son indépendance artistique ; éloigné des conventions de l’art britannique, il passe beaucoup de temps en France, notamment à Dieppe, sans toutefois s’identifier pleinement aux avant-gardes de l’époque. L’influence la plus importante sur son oeuvre sera celle de James Abbott MacNeill Whistler (1834 – 1902), artiste lui-même cosmopolite, mais elle ne durera qu’un temps.

Walter Richard Sickert, The Iron Bedstead, huile sur toile, vers 1906. Collection particulière. © Hazlitt Holland-Hibbert
Walter Richard Sickert, Little Dot Hetherington at the Old Bedford Hall, vers 1888 – 1889, huile sur toile. Collection particulière.

A travers cette rétrospective, fruit d’une collaboration avec la Tate Britain, le spectateur suit un fil tant chronologique que thématique, qui nous présente l’évolution d’un peintre ayant exploré tous les genres : paysages, portraits, autoportraits, intérieurs, scènes de music-hall, nus… Sickert peint sans complaisance la vie nocturne et la prostitution, rappelle Degas et Toulouse-Lautrec, la légèreté et le souci de l’esthétisme en moins. Seuls ses paysages dieppois apportent une bouffée d’oxygène, une lumière qui apaise l’oeil du spectateur, flirtant avec l’impressionnisme tout en gardant ses distances. S’il s’inspire de Whistler pendant un temps, sa palette est toutefois moins nuancée, plus contrastée et Sickert ne suivra jamais la voie japonisante de son maître. Il n’est donc pas étonnant que le public puisse être moyennement séduit par son oeuvre, souvent oppressante, parfois dérangeante, notamment lorsqu’il peint des nus dénués de toute sensualité, plaçant le spectateur dans un rôle de voyeur des bas-fonds londoniens. Toutes ces influences, même si elles n’apparaissent qu’en pointillés, prouvent que Sickert était parfaitement au fait de la vie artistique de son époque ; l’artiste était également à l’écoute des procédés photographiques, dont il s’est inspiré pour le cadrage et l’éclairage de certaines de ses oeuvres, allant même jusqu’à transposer des photos sur la toile, technique qu’il exploitera de plus en plus vers la fin de sa carrière.

Walter Richard Sickert, Ennui, vers 1914, huile sur toile (152,4 x 112,4 cm), Tate, Londres

Chacun se fera sa propre appréciation du parti-pris esthétique de Sickert, souvent déroutant, parfois peut-être même inexistant. Cette rétrospective, la première de l’artiste en France, n’en demeure pas moins l’opportunité de découvrir un regard différent, inhabituel, hermétique à toute classification, éloigné de tout mouvement. Elle permet également d’explorer les correspondances entre son oeuvre et celles de Francis Bacon et de Lucien Freud, héritiers d’une représentation du corps dépassionnée.

Note :

Informations pratiques

Walter Sickert. Peindre et transgresser. Jusqu’au 29 janvier 2023, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris. Informations et réservations sur le site du Petit Palais.

Illustration en-tête : Walter Richard Sickert, The Old Bedford (détail), 1895, huile sur toile (76,3 x 60,5 cm), National Museums Liverpool.

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