L’animal : un sujet à part entière dans la peinture contemporaine

Dossier : Franz Marc et l’animalisation de l’art

Franz Marc n’est assurément pas le premier artiste à peindre des animaux. Ceux-ci sont régulièrement représentés dans la peinture de genre en particulier. Par exemple, il est fréquent de les retrouver chez les peintres naturalistes au 19è siècle, qui prennent parfois les animaux de la ferme comme sujet pour leurs compositions. Néanmoins, la peinture d’animaux exotiques est beaucoup moins développée; c’est à travers l’imaginaire colonialiste que naissent certains motifs récurrents comme les chasses aux lions.

Eugène Delacroix, Chasse au Lion,
1854, huile sur toile (86 x 115 cm), Musée d’Orsay, Paris.

Citons par exemple la sculpture d’André Jacquemart, Lion et cadavre, située dans le Jardin des Plantes à Paris et datant de 1854, ou encore celle d’Emmanuel Frémiet, Gorille enlevant une femme, datant de 1887. En peinture, Eugène Delacroix peint en 1862, Tigre et Serpent,  et Jean-Léon Gérôme, Tigre à l’Affût, vers 1888.

De haut en bas et de gauche à droite : a) Alfred Jacquemart, Lion et cadavre, 1854, Jardin des Plantes, Paris b) Jean-Léon Gérôme, Tigre à l’affût, v. 1888, Houston, Texas, Museum of Fine Arts c) Emmanuel Frémiet, Gorille enlevant une femme, 1887 d) Eugène Delacroix, Tigre et Serpent, 1862

On doit toutefois s’arrêter un instant sur  le cas d’Henri (dit Le Douanier) Rousseau, et ce à plusieurs titres. D’abord, et de la façon la plus évidente sans doute, parce qu’il a lui aussi peuplé bon nombre de ses oeuvres d’animaux et souvent de fauves ou d’animaux exotiques. On a ainsi surtout gardé de lui l’image d’un peintre de scènes de jungles, comme on peut en voir ci-dessous avec Le lion ayant faim se jette sur l’antilope (1905), ou encore Singes et perroquet dans la forêt vierge (v. 1905 – 1906).

Henri Rousseau, Le lion ayant faim se jette sur l’antilope, 1905, huile sur toile (200 x 301 cm), Fondation Beyeler, Bâle
Henri Rousseau, Singes et perroquet dans la forêt vierge, v. 1905–1906, huile sur toile (56,2 x 47,3 cm), Barnes Collection,

On peut sans doute lier d’un point de vue iconographique ces oeuvres avec certaines de Franz Marc, dont Le Tigre de 1912. Mais l’exemple d’Henri Rousseau est encore plus intéressant lorsque l’on connait l’admiration que lui vouaient les artistes de l’avant-garde. Mort en 1910, et bien que décrié par la critique officielle, il fascine Picasso et Delaunay, qui lui achètent des toiles, mais aussi les membres du Blaue Reiter. C’est ainsi que Franz Marc et Wassily Kandinsky l’inclurent dans l’Almanach du Blaue Reiter (paru à Munich en 1912) en y reproduisant sept de ses oeuvres, dont La Noce et La Basse-Cour. Kandinsky fut notamment très actif dans le travail de reconnaissance posthume du Douanier, et ce particulièrement en Allemagne, avec l’aide de Wilhelm Uhde qui publia en 1911 une monographie sur Henri Rousseau qui eut un fort impact. En 1912, une rétrospective des oeuvres de Rousseau fut organisée à Paris, et en 1913, ses toiles furent également présentées à l’Armory Show à New York, qui rassemblait les oeuvres des artistes dits « modernes » ou « avant-gardistes ».

S’il n’est pas strictement possible de lier les oeuvres de Franz Marc à celles d’Henri Rousseau d’un point de vue formel, stylistique et symbolique, on sait toutefois que Marc avait connaissance du travail de Rousseau et qu’il l’admirait beaucoup. Ils partagent un même intérêt pour la nature, que ni l’un ni l’autre ne cherche à reproduire fidèlement et de façon réaliste, et ce pour des raisons différentes. En effet, si la démarche du Douanier et celle de Franz Marc s’inscrivent toutes les deux dans un mouvement volontairement à l’écart des normes académiques, elle prend pour Marc une tournure particulière, ancrée dans une conviction spirituelle et philosophique, qui va bientôt dépasser le sujet même de son oeuvre.

Auguste Macke, Jardin zoologique, 1912, huile sur toile (58,5 x 98 cm), Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich
Heinrich Campendonk, Le Sixième Jour, 1914, huile sur toile, Musée de Duisburg

Chez les expressionnistes, August Macke peint en 1912 le Jardin Zoologique, dont le rythme et l’utilisation des couleurs pures peuvent rappeler certaines oeuvres de Franz Marc. Mais pour Macke, la représentation d’un motif animalier semble répondre à une fin différente: celle de figurer une scène de la vie urbaine de l’époque, où l’on voit des hommes costumés se promener dans un parc animalier en ville. On peut encore lier Franz Marc, et sans doute de manière plus directe, à Heinrich Campendonk qu’il rencontra en 1911 et avec lequel il partagea des affinités artistiques assez frappantes. Son oeuvre est en effet régulièrement peuplée d’animaux (parfois liés à des thèmes religieux, comme Le Sixième Jour, qui se rapporte à la Genèse, le sixième jour étant celui où Dieu créa les animaux) mais son approche est quelque peu singulière, se rapprochant peut-être davantage d’un art populaire assez décoratif.

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Franz Marc et l’animalisation de l’art
L’animal : un sujet à part entière dans la peinture contemporaine
Anthroposophie et théosophie à l’origine de la quête de spiritualité dans l’art de Marc
L’animalisation de l’art
L’aspect formel de la représentation animale
Le symbolisme des couleurs

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